Les prévisions météorologiques de la nature

texte et photo : Norma A. Hubbard (traduction : Mario Leblanc) (décembre 2016)

Un magnifique ciel rouge me rappelle le dicton : “Rouge le soir, plaisir du marin; rouge le matin, le marin est averti.” Je ne sais trop quand j’ai appris ce dicton mais je me suis toujours demandé si ces prévisions s’avéraient exactes. Des études scientifiques semblent y accorder une certaine part de vérité, à tout le moins en comparaison des marmottes! Nous sommes submergés par toutes sortes de prévisions météorologiques folkloriques basées sur la nature : si les animaux produisent une fourrure plus épaisse, l’hiver va être glacial; un retour hâtif des oies blanches annonce un printemps tout aussi hâ- tif. Nous avons aussi tous entendus les expressions “le calme avant la tempête” ou “après la pluie vient le beau temps”. Permettez moi d’ajouter un nom à la liste des météorologues issus de la nature, quelque chose qu’on a tous déjà vu: la chenille d’Isia isabelle (en anglais “woolly bear caterpillar”).

Selon l’Almanach du vieux fermier, cette jolie bestiole peut nous dire quel genre d’hiver on aura. Le corps des chenilles comportent 13 segments. Le légende veut que plus la bande orangée au milieu de la chenille est large, plus l’hiver sera doux. À l’inverse, plus les bandes noires aux extrémités sont larges, plus l’hiver sera rigoureux. Mythe ou réalité?

On trouve ces chenilles dans plusieurs régions froides même en Arctique. Comme d’autres chenilles, elles éclosent d’œufs pondus par des papillons femelles, le papillon Isia isabelle – en anglais “Isabella tiger moth”(Pyrrharctia isabella). Ces papillons ont une allure plutôt ordinaire et n’ont pas tendance à attirer l’attention. Ils peuvent survivre à un hiver sous forme de chenilles même s’ils gèlent!

Le printemps venu, la chenille se transforme en chrysalide puis émerge en papillon. Dans notre région, vers la fin de l’été et le début de l’automne, les chenilles d’Isia isabelle sont partout : elles cherchent un endroit pour passer l’hiver. Il m’est arrivée à plusieurs reprises d’en trouver complètement gelées dans notre bois de chauffage et de les voir émerger entre deux billots une fois réchauffées à l’intérieur de notre foyer (la maison pas le feu!).

Une des premières études sur ces chenilles a été faite par le docteur C. H. Curran en 1948. Il était au courant de la légende et il a décidé de procéder à des tests. Il a recueilli plusieurs échantillons de chenilles dans le parc “Mountain State” dans l’état de New York, a compté le nombre de segments et, à partir de cette information, il y est allé de ses prédictions pour l’hiver. Ses prédictions se sont avérées! Il a répété l’expérience durant 8 ans voulant prouver à tout prix que l’on pouvait se fier aux chenilles d’Isia isabelle pour les prévisions météo.

Il semble que les prévisions n’aient pas toujours été exactes. À défaut de démontrer scientifiquement la prétention de la légende, le docteur Curran a permis à cette chenille de devenir la plus célèbre et la plus reconnue en Amérique du Nord; il a même fondé un groupe nommé “The Original Society of the Friends of the Woolly Bear”! En guise d’enquête-maison, je vous signale que toutes les chenilles que j’ai photographiées cette année comportaient une large section orangée. C’est un modeste échantillon mais ce sera amusant de vérifier au printemps si on peut se fier aux chenilles côté prévisions hivernales! Bon hiver à tous, quelle que soit la température!

Source: Predicting Winter Weather : Woolly Bear Caterpillars
The Old Farmer’s Almanac (1999).

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