L’arbre de vie
texte et photo : Norma A. Hubbard traduction : Amelie Delisle Van Wijk – février 2026
J’aime le changement de saison, mais, rendue au milieu de l’hiver, je suis un peu tannée du pelletage, des vents forts que nous subissons un peu trop souvent et du manque de soleil. Néanmoins, même au cœur de l’hiver, me promener en forêt est encore un loisir que j’adore. Les arbres, particulièrement les conifères, me protègent du vent. En plus de couper le vent et de fournir un abri aux oiseaux et aux animaux, ils ajoutent une touche de couleur au paysage. En fait, l’un de nos conifères canadiens est connu sous le nom «arbre de la vie». Nos magnifiques pins vous viennent peut-être à l’esprit, mais c’est plutôt le thuya occidental (Thuja Occidentalis), ou cèdre blanc, qui porte ce titre. Mais comment cet arbre si commun a-t-il mérité ce titre?
Lorsque Jacques Cartier et ses hommes souffraient du scorbut pendant l’hiver de 1535-1536, les Iroquois leur ont montré les pouvoirs de guérison de l’Annedda, que nous appelons thuya. Les sources donnent différents détails de cette histoire, mais, malheureusement, dans chacune d’entre elles, Cartier ne se montre pas reconnaissant de ce cadeau merveilleux. Même s’il a remercié Dieu (et non les Iroquois) de les avoir sauvés, il est évident que c’est le thuya et sa grande teneur en vitamine C qui les ont sauvés, lui et ses hommes. Cartier a ramené des thuyas en Europe et les a appelés Arborvitae, soit «arbre de vie» en latin.
Évidemment, bien avant l’arrivée des explorateurs, les peuples autochtones connaissaient déjà la valeur du thuya. Le peuple ojibwé nommait cet arbre « grand-mère thuya». Son bois est imputrescible et léger. Il servait à fabriquer des abris, des paniers et des canots. Ses feuilles et son écorce servaient de remèdes pour les brûlures ou pour réduire la douleur. Le thuya, tout comme la sauge, le tabac et le foin d’odeur, est encore considéré comme un remède sacré et est utilisé dans les cérémonies de purification, de purification par la fumée et de suerie. Aujourd’hui, le thuya est apprécié pour son bois d’œuvre et ses propriétés médicinales. Toutefois, comme n’importe quelle plante médicinale, il faut faire preuve de prudence. Ce n’est pas parce que c’est naturel qu’il est sécuritaire d’en consommer sans en connaître les effets.
Le thuya occidental est monoïque, ce qui signifie que chaque arbre produit des fleurs mâles et femelles. Celui-ci se reproduit à l’aide de cônes. Il faut attendre au moins six ans avant qu’un thuya en produise. La production de cônes augmente avec l’âge de l’arbre et, à 30 ans, il commence à en produire de grandes quantités avant d’attendre sa production optimale à 75 ans. Un vieux thuya peut produire environ le quart d’un boisseau de cônes, mais ils ne deviennent pas tous des semis. Un semis a besoin de conditions humides pour pousser. De plus, les oiseaux, les rongeurs et les chevreuils mangent souvent les cônes. Le thuya est donc important pour notre faune, car il offre une source de nourriture en plus d’un abri contre le froid.
Le thuya occidental est souvent oublié en raison de sa croissance lente. Les grands arbres massifs nous impressionnent facilement, même moi. Lorsque j’étais en Colombie-Britannique, les thuyas géants (ou cèdres rouges de l’Ouest) m’émerveillaient. Un thuya moyen atteint une hauteur de 15 à 20 mètres, ce qui est peu à comparer au thuya géant qui peut atteindre jusqu’à 60 mètres. Ces thuyas géants étaient incroyablement hauts et larges, et tellement vieux. Toutefois, les thuyas occidentaux, plus petits, sont tout aussi vieux. On croit qu’ils étaient aussi grands que les thuyas géants avant que les colons les abattent tous. Lorsqu’on observe les anneaux de croissance, ceux du thuya occidental sont rapprochés. Un petit thuya peut-être plusieurs fois centenaire, même ceux qui poussent sur une falaise ou en terrain rocheux. Ces arbres robustes s’accrochent depuis des années, un peu comme s’ils étaient les bonsaïs de la nature.
Le plus vieil arbre du Québec est un thuya. On a trouvé ce très vieux thuya sur une île du lac Duparquet, près de Rouyn-Noranda. Il s’accroche à une falaise et est relativement petit, mesurant environ quatre à cinq mètres. Il est tout courbé et rabougri, comme l’arbre grand-mère qu’il est. On croit qu’il a 960 ans; c’est vraiment un bonsaï. Au fil des années, j’ai rassemblé des branches odorantes de thuya pour les accrocher dans mes garde-robes ou pour décorer à Noël. J’en ai planté des haies et j’ai observé de petits oiseaux s’y cacher des aigles. Le thuya est affecté par les changements climatiques. Il est une espèce «vulnérable», mais il est encore là. La prochaine fois que vous vous promènerez dans les bois, ou que vous regardiez votre propre haie, pensez à ces petits arbres robustes qui ont modestement survécu aux années. Espérons aussi qu’ils continuent de s’accrocher, bien après que nous soyons partis.
Sources en ligne : Canadian Wildlife Federation: Canada’s Cedars; Floem, Eastern White Cedar (Thuja Occidentalis): The Boreal Tree of Life – A Complete Guide to Its Virtues and Uses; La Cedrière Barbe, The Oldest Tree in Quebec; Regier, Ryan, The Cedar Tree – A Forgotten Canadian Tree Worthy of Legends; White Cedar, Greenbelt Indigenous Botanical Survey
